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À propos de Marine Le Pen

Texte écrit par Jan Myrdal, publié dans Folket i Bild/Kulturfront n°2 (février) 2014 et traduit du suédois par Erik Rydberg
woensdag 30 april 2014
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Pourquoi "l'extrême droite" française du Front National va-t-elle de succès en succès en recevant un soutien croissant de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie françaises? Quels enseignements pouvons-nous en tirer. Je vais prendre un exemple.

Le réseau ferroviaire suédois a été délibérément mal géré comme suite aux directives de l'UE. L'indignation dans la population est profonde. Dans d'autres pays européens, comme en France, le chemin de fer se trouve pour les mêmes raisons dans une situation catastrophique.

Je lis maintenant un communiqué de presse que Marine Le Pen, "Présidente du Front National" vient de rendre public au sujet du réseau ferroviaire français à la suite du rapport rendu par BEA-TT (Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre) concernant l'accident survenu le 12 juillet 2013 à Brétigny-sur-Orge faisant sept morts et 32 blessés.

Elle exige que Guillaume Pepyn, président de la SNCF, le chemin de fer public français, soit renvoyé au motif que, se conformant aux politiques néolibérales des directives européennes, il a négligé la sécurité et augmenté les prix des billets.

Elle ajoute que le saucissonnage du chemin de fer public voulu par l'UE a conduit à licencier 10.000 travailleurs à la SNCF Infra (chargée de l'entretien) et entraîné une diminution de la sécurité pour les voyageurs et les cheminots.

Elle pointe ces choses car les gouvernements, de gauche comme de droite, ont eu pour coutume de se ranger servilement derrière les exigences de l'Union européenne visant à liquider les services publics.

Elle exige que l'État reprenne sa pleine responsabilité, assure l'égalité entre tous les Français, diminue le prix des billets et augmente la qualité et la sécurité indispensable, même si cela doit indisposer les technocrates de l'Union européenne.

Voilà qui est parfaitement sensé. Cela correspond à ce qu'une majorité écrasante souhaite en France (ainsi qu'en Suède d'ailleurs).

En réalité, faire droit à ces revendications nécessaires supposerait une rupture de la France avec l'appareil supranational de l'Union européenne. Mais son parti est le seul à les porter. La gauche officielle, les communistes, n'osent pas poser de telles exigences car elles empêcheraient toute collaboration avec les socialistes du président François Hollande, qui est un parti entièrement acquis à l'UE.

Il n'y a rien dans ce qu'elle exige auquel je – et d'autres du même horizon politique – ne saurais souscrire. Quelle est alors la différence? Marine Le Pen nomme le néolibéralisme mais ne souffle mot du capital monopolistique. Elle n'est pas socialiste. Mais, en même temps, elle exprime des revendications de classe qui sont celles de la classe ouvrière et du monde du travail. C'est une ambiguïté que la gauche officielle en France n'arrive pas à appréhender. Elle poursuit la même politique catastrophique que celle du parti communiste allemand en 1928. À l'époque, Heinz Neuman, son théoricien, rédacteur en chef de la Rote Fahne, l'exprimait ainsi: "Schlagt die Faschisten, wo ihr sie trefft!" Frappez les fascistes à chaque fois que vous les rencontrez!

Ce que j'écris ici ne cadre pas dans la critique habituelle du KPD et des communistes, voulant que le parti s'était alors lancé dans une confrontation dure et destructrice avec le SPD, les sociaux-démocrates. Cette politique vaut d'être discutée. Le SPD représentait une politique de compromission catastrophique. Ce que je veux dire est que les communistes allemands n'ont pas su prendre la mesure, analyser et agir en conséquence dès lors que le NSDAP de Hitler a, de fait, pris en compte, quoique de manière faussée, des problèmes réels (de classe) et, ce faisant, réussi à obtenir un soutien croissant de la classe ouvrière et du monde du travail. C'était l'incapacité du KPD de voir et d'analyser cela qui a conduit à la catastrophe.

Ceux qui se nomment de gauche en France et en Suède devraient comprendre que l'élément déterminant chez le Front National ou les Démocrates de Suède (ndlr. parti de droite poujadiste) ne réside pas dans des préjugés, le racisme, le chauvinisme mâle, etc. et que le soutien croissant qu'ils obtiennent dans la classe ouvrière et dans le monde du travail (en Suède, au sein de LO – ndlr. le principal syndicat) ne dépend pas de cela mais du fait qu'ils abordent des problèmes réels.

Si on se montre incapable de comprendre cela aujourd'hui, cela ira aussi mal pour nous que toutes les fois précédentes.